Anecdotes à propos de la

Easy Company dans et à proximité du Bois Jacques

Recueillies par Roger Marquet lors du banquet, tenu à l’hôtel Floréal de La Roche, qui a suivi l’inauguration du Monument à l’Easy Company, sur la route Foy-Bizory, le 11 juin 2005
(La Easy Company est la 5thCo/2nd Bn/ 506th P.I.R./101st Abn Div.)

Le Bois Jacques fait partie du Bois des Corbeaux et est situé le long de la route qui va de Bizory à Foy. C’est en cet endroit que les hommes de la Easy demeurèrent du 19 décembre 1944 au 13 janvier 1945, sous le feu et les obus allemands, dans le froid, le gel et la neige, sans vêtements d’hiver, avec très peu de nourriture (uniquement les rations) et pratiquement sans soins médicaux, ni d’hygiène corporelle, et tout cela dans le stress permanent que génère une situation de combat.
Quatorze d’entre-eux y laissèrent la vie.

Actuellement, le Bois Jacques est l’objet d’une mise en valeur historique pour les futurs visiteurs ;

On peut toujours y voir certains foxholes d’origine.

(Photo R.M.)

Earl E. McClung (1923 – 2013)

Earl m’a raconté cette anecdote de vive voix, alors que nous participions à un banquet à l’hôtel Floréal à La Roche, en juin 2005.

« Je me trouvais dans mon foxhole qui faisait face à la route Bizory – Foy et depuis quelques jours, un soldat allemand qui occupait un trou dans le bois de l’autre côté de la route, faisait de la musique. Il utilisait un gramophone qu’il avait ‘’trouvé’’ quelque part. Malheureusement, il n’avait pas trouvé beaucoup de disques et il passait toujours les mêmes morceaux. Ceci m’agaçait, dans un premier temps, puis cela m’énerva jusqu’à me rendre dingue. Je décidai d’agir et un soir, je déposai mon fusil dans mon foxhole, je sortis mon poignard de sa gaine attachée à ma jambe, je bondis hors de mon trou, je traversai la route à toute vitesse et, arrivé dans le bois d’en face, je repérai assez vite le soldat allemand responsable de cette musique. Je me ruai sur lui, l’attrapai par son col et le sortis hors de son abri ; dans le même mouvement, je lui tranchai la gorge et je rejetai le corps dans son trou en pensant (peut-être même l’ai-je prononcé) : maintenant tu vas me ficher la paix avec ta musique. Je rentrai alors dans mon foxhole sans le moindre incident ;

Voilà comment la guerre peut faire de vous un monstre assoiffé de sang. »

Dans la TV Series ‘’Band of Brothers’’, son rôle est tenu par Rocky Marshall.

Même des napperons servirent de camouflage de casque – Photo US Army

Frank Perconte (1917 – 2013)

Egalement racontée de vive voix lors du même banquet :

« Lors de l’assaut sur Foy, je me retournai un bref instant pour voir où en étaient les autres et…je reçus une balle dans la fesse. Je n’avais pas encore fort mal et un copain me prit à cheval pour m’emmener au poste de secours le plus proche, sous les rires et les quolibets de mes camarades qui prétendaient que j’avais tellement la trouille que j’avais voulu tourner le dos à la bataille, d’où…
Ils auraient sûrement moins ri s’ils avaient su que la balle m’avait transpercé le corps de part en part, en passant à peine à un centimètre de mon artère fémorale ; ce qui eut signifié ma mort presqu’immédiate.

Je l’avais échappé belle, mais quand je rencontre mes copains survivants, ils continuent à rire de moi. Et maintenant, je ris avec eux !

Dans Band of Brothers, le role de Frank Perconte est tenu par James Madio (que l’auteur connaît personnellement) 

Lieutenant Ronald Speirs (1920 – 2007)

Raconté par un des vétérans (mais je ne sais plus lequel – peut-être Shifty Powers ?) lors de ce même banquet à La Roche :

« Lors de l’assaut sur Foy, le 13 janvier, le Lieutenant Dike qui était en charge de la Compagnie, paniqua et, en plein milieu de l’assaut dans la prairie qui n’offrait aucun abri, fit arrêter ses hommes ; et priver des hommes de tout mouvement sous le feu ennemi est la pire chose à faire. Ce que voyant, le Major Winters (devenu le chef du 2ème Bataillon et ne pouvant donc intervenir lui-même), envoya le lieutenant Speirs pour sauver la situation. Speirs emmena les paras jusqu’aux entrées du village et puis, afin de visualiser les mitrailleuses, les mortiers,…ennemis, traversa le village en courant et put ainsi repérer les endroits dangereux. Sa traversée, en courant, du village étonna tellement les Allemands qu’ils ne songèrent même pas à tirer. Speirs arriva indemne de l’autre côté du village, ayant vu les emplacements dangereux. Comme ses hommes, eux ne les avaient pas vu, Speirs décida de retenter le diable en retraversant, toujours en courant, le village. Et toujours pas de réaction allemande ! Arrivé une fois encore indemne, Speirs put diriger l’assaut final en connaissance de cause ».

Matthew Settle tient le rôle de Speirs dns la TV Series Band of Brothers

Donald Hoobler (1923 – 1945)

Vu dans ‘Band of Brothers’ et confirmé de vive voix par un para de la Easy :

« Depuis le début des opérations, Hoobler aurait voulu trouver un pistolet Lüger, mais il arrivait toujours trop tard pour désarmer un cadavre ou un prisonnier. Un jour, dans le Bois Jacques, un copain lui en offrit un. Hoobler était fou de joie et il glissa le Lüger dans sa ceinture…appuyant accidentellement sur la détente. Le coup de feu retentit et la balle lui détruisit l’artère fémorale. Il est mort en quelques minutes entouré de ses copains ».

Peter McNabe joue le rôle d’Hoobler dans Band of Brothers.

Donald Malarkey (1921 – 2017)

Lors d’une autre soirée souvenir, un vétéran dont j’ai oublié l’identité (peut-être bien Don Malarkey), me raconta :

« Un jour, j’empruntai des jumelles à un officier et, en observant Foy, je vis une petite baraque un peu à l’extérieur, qui devait être un poulailler car il y avait un va-et-vient de poules tout autour. Or qui dit poule dit œufs. J’arrivai à convaincre un copain d’y aller, de nuit, pour trouver suffisamment d’œufs pour améliorer  l’ordinaire. Il accepta et, à la nuit tombée, nous nous sommes dirigés vers ce poulailler. Nous y avons fait une ample provision d’œufs que nous avons fourrés dans notre chemise. Nous avions presque regagné le bois quand  les canons allemands ouvrirent le feu. Nous nous sommes évidemment jetés par terre et nos œufs ont fait effectivement une belle omelette…dans nos chemises !

Scott Grimes alias Don Malarkey.   

Joseph D.Liebgott (1915 – 1992)

Quelqu’un m’a raconté l’anecdote tragi-comique suivante :

Le Caporal Liebgott (à moins que ce ne soit quelqu’un d’autre ?) et quelques autres était en patrouille dans le Bois des Corbeaux, quand soudain il aperçut un soldat allemand accroupi, froc baissé, visiblement occupé à satisfaire un besoin naturel. L’Allemand, visiblement très effrayé de se trouver seul face (fesse ?) à l’ennemi, s’enfuit avec le pantalon aux genous. Liebgott, après avoir bien ri, se souvînt des paroles d’un discours que le Général Patton qu’on lui avait rapportées :’’On ne vous demande pas de donner votre vie vie pour votre pays mais plutôt que vous fassiez en sorte que le gars d’en face donne la sienne pour sa patrie’’. Plus aucune hésitation ! Liebgott épaula et fit feu. L’Allemand s’écroula, fesses à l’air. La patrouille n’alla pas ‘au résultat’ car la présence d’un ennemi, même s’il avait voulu s’éloigner un peu de son groupe par pudeur, signifiait que les autres n’étaient pas bien loin. Personne ne sut si le soldat allemand était mort ou seulement blessé.
Quelle que soit son état, cela n’était pas bien glorieux. Quoi que l’on peut supposer que, dans un cas comme dans l’autre, son ‘’sold Buch’’ porta comme mention ‘’ tué au combat’ ou ‘’blessé au champ d’honneur’’.

Ross McCall joue le rôle de Joe Liebgott dans ‘’Banf of Brothers’’. (Photo m.forocoches.com)